Cinq linguistes qui avaient présenté des communications au colloque Sens et mouvement – organisé en mars 2013 par l’université de Jendouba en Tunisie et dont la parution des Actes a été vainement attendue depuis trois ans – se sont rencontrés récemment et ont souhaité et réviser leurs communications restées inédites et les regrouper  dans un dossier du site INTERLINGUA sous l’intitulé commun LES VERBES FRANÇAIS ET L’EXPRESSION DE L’ESPACE ET DU MOUVEMENT. Cette question a donné lieu par le passé à un ouvrage de recherche réputé, L’espace en français (Claude Vandeloise, Le seuil 1986) et à un manuel universitaire abondamment cité, L’espace et son expression en français (Andrée Borillo, Ophrys 2000). Les quatre contributions au présent dossier s’inscrivent dans le sillage de ces travaux de référence.
Dans son article PARTIR et REPARTIR – Configurations sémantiques et fonctionnements discursifs, Hassène AMDOUNI (université de Jendouba, Tunisie) s’intéresse à la sémantique des déplacements exprimés par les verbes partir, arriver et repartir dans des contextes où deux déplacements successifs sont évoqués. À quelles conditions repartir exprime-t-il la prolongation ou l’inversion d’un premier déplacement ? Cette contribution questionne le repérage des déplacements à l’aide des verbes et des prépositions du français.

Hassen-Amdouni-PARTIR-et-REPARTIR-2016

L’article d’Awatef SDIRI (université de Gafsa, Tunisie), Grammaticalisation des lexèmes verbaux : le cas de ALLER et VENIR, est consacré à un thème classique, la polysémie (ou polyvalence, puisqu’il s’agit d’une variation fonctionnelle) des deux verbes protypiques de mouvement orienté, aller et venir. L’un et l’autre ont développé des emplois grammaticalisés (futur proche pour aller + infinitif, passé récent pour venir de + infinitif) en marge d’emplois intermédiaires comme aller + participe présent (il allait titubant), venir + infinitif (Viens me chercher !) ou encore venir à + infinitif (Un taxi vint à passer). L’auteure examine la double variation syntaxique et sémantique produite par le processus de grammaticalisation de ces verbes.

Awatef-Sdiri-ALLER-VENIR-2016

Jacques FRANÇOIS (université de Caen-Normandie) & Yacoub GHERISSI (université de Carthage, Tunisie) examinent des effets métaphoriques d’un autre ordre dans leur article Les verbes de mouvement entre les mouvements du corps et ceux du cœur – Analyse comparée de corpus textuels entre le 17e et le 20e siècles. Les auteurs sélectionnent dix verbes aptes à exprimer des mouvements du cœur aussi bien que du corps (agiter, atteindre, bouleverser, ébranler, remuer, renverser, retourner, saisir, secouer, toucher) pour en comparer les usages entre le 17e et le 20e siècles à partir de la base de données textuelles FRANTEXT, à l’aide d’une grille de quatre valeurs allant d’un mouvement purement physique à un mouvement émotif affectant un individu, en passant par des valeurs intermédiaires. Ils constatent que ces verbes véhiculent plus rarement des « mouvements du cœur » dans le corpus du 20e siècle que dans celui du 17e, ce qu’ils interprètent comme un effet des critères de sélection de la base FRANTEXT aux deux époques. Cette étude soulève donc la question de la ‘comparabilité’ entre corpus textuels.

Raja-Gmir-Mouvements-et-stabilite-2016

Enfin l’article de Raja GMIR-EZZINE (université de Tunis, Faculté des Sciences Humaines et Sociales), Mouvements syntagmatiques,  stabilité sémantique, porte sur les principales positions que peut occuper un syntagme de lieu ou de temps, comme circonstant postposé, interposé ou préposé, ou comme sujet de ce que l’auteure appelle une « diathèse circonstancielle » que permet le verbe voir en emploi grammaticalisé, ex. Siliana a vu s’opposer de jeunes chômeurs aux policiers dans des manifestations. Dans certains types de médias écrits, les rédacteurs exploitent une telle construction pour faire d’un lieu ou d’une date le thème d’une phrase et assurer ainsi la progression cohérente de leur discours.

J-Francois-Y-Gherissi-Mouvements-du-corps-et-du-coeur-2016

Caen & Tunis, 7 décembre 2016