• Certes, la linguistique du 20e siècle n’a pas perdu le contact avec des domaines d’investigation connexes, mais cela n’a guère touché que la sociologie avec le développement de la sociolinguistique (en France dans le sillage de la thèse de Jean Dubois en 1963 sur le vocabulaire politique et social en France entre 1869 et 1872) et à un moindre titre l’ethnologie (aux USA avec la lignée « néo-humboldtienne » des linguistes et anthropologues, ou ethnolinguistes,  Franz BoasEdward Sapir et Benjamin Lee Whorf)
 
  • Après la période d’interpénétration entre linguistique et psychologie caractéristique des travaux de Karl Bühler en Allemagne dans la première moitié du 20e et dont Ferdinand Brunot reste un représentant zélé à la même époque en France, la psychologie du langage n’a commencé à intéresser à nouveau les linguistes qu’avec l’émergence de la psycholinguistique aux USA à la fin des années 50 du 20e siècle puis marginalement avec le développement de la linguistique cognitive dans les deux dernières décennies du siècle. A partir de la découverte à la fin du 19e siècle des “aires cérébrales du langage” par Paul Broca et Carl Wernicke, la neurolinguistique s’est limitée jusqu’au tournant du 21e siècle aux travaux d’aphasiologie, laquelle est restée une discipline médicale. C’est seulement le développement des techniques d’imagerie cérébrale qui permettra un renouvellement de la réflexion sur la localisation des fonctions linguistiques (phonologie, lexique mental, syntaxe, prosodie, etc.)
 
  • Quant aux rapports entre la biologie évolutionniste et la linguistique, après une phase spéculative au 18e  à l’époque des premières interrogations transformistes de Buffon (Jean-Jacques RousseauJohann G. Herder, etc.) et une phase d’enthousiasme darwinien représentée par le Compendium dAugust W. Schleicher (1866, cf. Tort 1981, Evolutionnisme et linguistique, Paris : Vrin), ils se sont soldés en France à la fin du 19e par la dissociation entre la Société d’Anthropologie sous la direction de Paul Broca et la Société de Linguistique de Paris sous celle de Michel Bréal, rebelle à toute réflexion sur l’origine du langage et des langues sans tradition écrite continue (ce qui limitait l’espace de recherche au phylum indo-européen) et c’est seulement au tournant du 21e siècle que des linguistes ont cherché à investir à nouveau un domaine qui reste actuellement dominé par les découvertes et les modélisations des archéologues, anthropologues et généticiens des populations. La notion interdisciplinaire de biolinguistique a alors émergé et elle suscite actuellement des débats féconds.
 
  • L’objectif du glossaire en construction que je propose ici est de fournir quelques définitions, références et liens concernant différents domaines aux marges de la linguistique. En quelque sorte et par métaphore, il traite du “trafic linguistique transfrontalier”.
 
  • Il va de soi que chaque domaine interdisciplinaire peut être appréhendé de manière différente à partir de l’en-deça et de l’au-delà de chacune des disciplines en contact.
 
  • Ainsi, Jean-Luc Nespoulous, aphasiologue réputé, considère que pour pratiquer la psycholinguistique il faut d’abord être linguiste et que pour pratiquer la “neuropsycholinguistique” il faut d’abord être psycholinguiste. Son argumentation se fonde sur l’observation que toute expérimentation psycholinguistique qui s’appuie sur une analyse linguistique incomplète ou entachée d’erreurs est invalide et que toute hypothèse aphasiologique basée sur une conception erronée des propriétés de la communication linguistique chez le locuteur “sain” ou “normal”, c’est-à-dire exempt de lésion cérébrale, l’est également.
 
  • Mais inversement on peut faire valoir qu’une expérimentation psycholinguistique basée sur un matériel linguistique satisfaisant, mais sur des hypothèses psychologiques incertaines est tout aussi invalide, et que l’absence de prise en compte des réalités cliniques (par exemple le fait qu’un “sujet agrammatique” peut être incapable de produire un énoncé organisé selon les règles grammaticales, tout en étant capable d’évaluer la grammaticalité d’un énoncé qu’on soumet à son jugement) invalide tout autant une théorie neurolinguistique.
 
  • Le glossaire proposé est en construction. Il est appelé à s’enrichir des contributions des linguistes intéressés par les interfaces avec l’une ou l’autre des disciplines également concernées par le langage humain, son acquisition et sa dégradation, son origine, ses variations sociales, géographiques ou historiques, sa comparaison avec le langage d’autres espèces animales, etc.

 

  • BIOLINGUISTIQUE – documentation : Edition bilingue du sommaire et de la conclusion de l’article The faculty of language : what is it, who has it, and how dit it evolve ? de Hauser, Chomsky & Fitch (2002)